Il est tard, et je suis fatiguée.
La nuit me fait penser en décalé, en rouge et blanc. Je m'écris des lettres un peu trop franche, je me les envoie même. Elles sont pas pour moi, mais je les garde dans le fond d'un tiroire. C'est
peut être ça la raison de l'incompréhension de Nelly.
Après une éternité, après son silence d'un an, un peu comme ça, elle a décidé d'appeler les gens pour comprendre. Ca a commencé par Solène il y a quelques semaines, et puis hier, c'est
Baptiste à qui elle a voulu parler. Elle a voulu revenir sur les raisons, sur ce qu'il s'était passé, sur ce qu'il se passait. Le seul soucis, c'est que toutes les raisons, tout ce qu'il s'est
passé, tout ce qu'il se passe, elle se l'est raconté à elle même. On peut plus revenir dessus. Alors je réfléchissais à ce que je lui dirais moi, si elle m'appelait, je m'imaginais lui écrire, et
puis la revoir, dans un café où on avait quelques habitudes, un lieu familier mais pas trop. Un endroit un peu neutre où on pourrait éviter les histoires qu'on s'est créé. Je m'imaginais lui
dire qu'on avait changé, et que je la connaissais plus, mais que je me souvenais de tous les moments drôles, difficiles, et partagés. Que j'aimerai construire un truc nouveau, plus sain avec elle,
mais pas sur les bases chancelantes des débuts.
Je ne suis pas exclusive.
Sans transition: l'Angleterre me plaît, je n'ai de cesse de le répéter, et à chaque fois c'est un peu plus sincère. Tôt ce matin, dans le bus qui traverse la campagne, je me suis dis que tous les
lieux qui bordaient la route m'étaient devenus familiers. Je me sens chez moi, tout en sachant que ce sera temporaire. J'ai pas envie de rentrer définitivement. J'ai pas envie de me confronter à
quelque chose que je connais trop bien et que j'ai fui. Je veux être perpétuellement heureuse à l'idée de rentrer chez mes parents, de les retrouver, de retrouver mes amis de là bas, je veux pas
que ça rentre de nouveau dans une routine terne qui m'empêchait déjà d'apprécier ce que j'avais avant de partir. Je veux que tout ça me manque encore.
Depuis quelques semaines, les gens avec qui j'avais construit des relations autour du silence, se mettent à me parler. A me dire des choses que j'aurai eu besoin d'entendre avant. A me dire des
choses qui me font croire que j'ai gagné, mais que ce sera compliqué au retour.